Cadre légal
Dégradation ou usure : exemples concrets
4 min de lectureMis à jour le Sources officielles citées
À la sortie d’un logement, une même trace peut être lue comme une usure normale ou comme une dégradation. La frontière décide qui paie : le bailleur ou le locataire. Rien ne vaut des exemples concrets pour raisonner cette distinction, en gardant à l’esprit qu’aucun cas ne se juge sans son contexte. Voici comment s’y prendre.
En bref
L’usure normale, ou vétusté, est à la charge du bailleur ; la dégradation, imputable au locataire, peut lui être facturée. C’est la comparaison entre l’état des lieux d’entrée et de sortie qui permet de trancher, sous l’appréciation du juge.
Deux notions à ne pas confondre
La vétusté est l’usure normale du logement, liée au temps ou à l’usage normal des matériaux. Elle est définie par l’article 4 du décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 comme l’« état d’usure ou de détérioration résultant du temps ou de l’usage normal des matériaux et éléments d’équipement ». La dégradation, elle, est un dommage qui dépasse cet usage normal et qui est imputable au locataire. Tout le partage découle de cette différence.
Pourquoi la distinction compte
La loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 met à la charge du locataire l’entretien courant et les menues réparations, mais « à l’exception de la vétusté ». Ce qui vieillit normalement ne peut donc pas lui être facturé à son départ. Seules les dégradations, qui dépassent l’usage normal, peuvent l’être. Encore faut-il pouvoir les établir.
Des exemples pour raisonner
Voici quelques situations, présentées à titre d’illustration. Elles montrent la logique, mais ne remplacent pas l’examen concret de chaque cas :
| Situation constatée à la sortie | Lecture de principe |
|---|---|
| Sol patiné après plusieurs années d’occupation normale | Usure normale (vétusté) — bailleur |
| Brûlure ou déchirure sur un revêtement neuf à l’entrée | Dégradation — locataire |
| Peinture ternie par le temps | Usure normale (vétusté) — bailleur |
| Mur souillé ou troué au-delà de l’usage normal | Dégradation — locataire |
| Équipement arrivé en fin de vie théorique | Usure normale (vétusté) — bailleur |
| Équipement cassé par mauvaise manipulation | Dégradation — locataire |
Le rôle décisif des états des lieux
Sans état des lieux d’entrée détaillé, il devient très difficile de prouver qu’un défaut constaté à la sortie n’existait pas au départ. La description précise, pièce par pièce, de l’état des sols, murs, plafonds et équipements est donc essentielle. Des termes clairs — neuf, bon état, usagé, traces, rayures — valent mieux qu’un vague « RAS ». Les photos ne sont pas imposées par la loi, mais, prises de façon contradictoire et jointes à l’état des lieux, elles constituent une bonne pratique pour documenter l’état réel.
Le lien avec les réparations locatives
La distinction usure/dégradation se combine avec celle des réparations locatives. Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 confie au locataire l’entretien courant et les menues réparations résultant de l’usage normal ; sa liste est indicative et non limitative. Mais un poste, même listé, n’est pas dû si sa cause tient à la vétusté. À l’inverse, une dégradation imputable au locataire peut dépasser le simple entretien courant.
Qui tranche en cas de désaccord
Aucun exemple ne dispense d’examiner le cas réel : la durée d’occupation, l’état d’entrée et la cause du dommage changent tout. À défaut d’accord amiable, c’est le juge qui apprécie souverainement si une trace relève de la vétusté ou d’une dégradation. Il se fonde notamment sur la comparaison des deux états des lieux et sur les éléments produits par les parties.